Elle est restée là-bas

Je marchais seule, la nuit, au milieu d’une vaste étendue de champs.

Au loin, tout au fond, une lumière brillait. On aurait dit une grande demeure — ou peut-être l’immense tombeau qu’une famille très riche aurait fait construire pour ses morts. De là où j’étais, je n’arrivais pas vraiment à distinguer les deux.

J’ai continué à marcher.

Peu à peu, j’ai commencé à apercevoir des pierres tombales autour de moi.

C’est là que j’ai compris : je marchais au milieu d’un cimetière.

J’ai eu peur.

Au bout d’un petit chemin, je me suis assise et j’ai décidé de commander une voiture pour sortir d’ici.

Elle est arrivée peu après.

Une vieille dame en est descendue.

Dès que je l’ai vue, je me suis jetée dans ses bras en pleurant :

— Mamie… Mamie…

Elle m’a accueillie avec douceur. Elle m’a consolée sans poser de questions, me laissant pleurer contre elle autant que j’en avais besoin.

Pourtant, elle ne m’a pas emmenée.

Elle est simplement restée là avec moi.

Puis mon ennemi nous a rattrapées.

C’était un homme énorme, gros et puissant. Il m’a réclamé huit mille pour me laisser passer.

— Je peux t’en donner deux cents. Tu les prends ou tu les laisses.

La vieille dame a voulu se mettre devant moi pour s’occuper de lui à ma place.

Je l’en ai empêchée. Il n’en était pas question. Comment aurais-je pu laisser une petite vieille si fragile affronter un homme pareil ?

Alors nous sommes restés là, touts les trois, face à face, sans que personne ne cède.

Au bout d’un moment, une faible lumière est apparue dans le ciel.

À nos pieds, l’homme et moi avions chacun une ombre.

La vieille dame, elle, n’en avait pas.

C’est à cet instant que nous avons compris.

Elle était peut-être un fantôme.

Elle ne l’a pas nié.

Soudain, l’homme et moi avons eu peur d’elle.

Alors celui qui, quelques instants plus tôt, était encore mon ennemi m’a fait monter dans sa voiture et m’a emmenée loin de cet endroit.

Nous avons fini par atteindre l’entrée du monde des vivants.

Il y avait là un commissariat.

Une fois à l’intérieur, j’ai sorti les huit mille qu’il m’avait réclamés plus tôt et j’ai voulu les lui donner pour le remercie de m’avoir ramenée.

Mais il semblait être devenue quelqu’un d’autre. Quoi que je dise, il refusait l’argent. Comme si, une fois arrivés ici, l’argent ne servait plus à rien.

J’étais revenue parmi les vivants.

La vieille dame, elle, était restée là-bas.