Pendant mon absence,
l’horloge s’est arrêtée.
C’était un chiffre accordé à la nuit,
après avoir franchi le minuit le plus éclatant
et avant que l’aube n’arrive ——
il s’est brusquement figé.
On dit que je suis née
à une heure semblable :
ayant quitté l’obscurité,
sans être encore entrée dans la lumière.
Je ne sais pas avant de s’arrêter,
quelles rotations silencieuses
elle avait accomplies
et quelles cercles elle avait parcourus.
Les deux aiguilles indiquaient
2 et 8 —
des maisons du thème astral,
placé face à face
en parfaite symétrie.
Il existe encore un autre chiffre.
Celui-là est le mien.
Depuis mon plus jeune âge,
il règne sur moi tel un dieu,
et m’a appris qu’au-dessus de moi
demeurera toujours un firmament
don je ne pourrai jamais sortir.
C’est de là que vient la grisaille de ma vie.
La joie porte toujours en elle
la désolation d’un silence de mort,
si fragile
qu’il suffit de la toucheur pour la percer.
Mais les larmes de tristesse,
elles,
lavent l’espoir
jusqu’à le rendre plus lumineux.
Et j’ai grandi ainsi,
enfant allant voir les ossements sous le soleil,
cherchant un foyer dans l’immensité,
repêchant des clés au milieu des ruines.
Je crois en ce chiffre
davantage qu’en moi-même.
Je ne le vois pas,
et pourtant
il est partout.
Je pense à lui à chaque instant.
Je lui voue,
impuissante,
ma foi.
Je sais qu’il existe en moi
une espérance
qui ne se réalisera jamais
Alors, avec la monnaie des déceptions
accumulées depuis longtemps,
j’ai acheté mon billet d’entrée
dans le monde des humains.
Le prix comprenait aussi deux piles.
Grâce à elles,
les chiffres de l’horloge
redeviendront
du temps.
2026.9
Je n'ai pas demandé qui j'étais
la première fois que j'ai touché cette terre
je me suis recroquevillée dans un coin
derrière l'apesanteur grise
à écouter le grondement du monde
Je n'ai pas demandé qui j'étais
quand une armure mal ajustée s'est refermée sur moi
des clous d'acier se sont enfoncés dans
mon sang transparent
j'ai choisi une nappe d'air silencieuse
en écoutant le son du sang
Je n'ai pas demandé qui j'étais
quand des graines de lys et de rose
ont poussé sur des arbres renversés
flammes bleues et codes verts
Je n'avais nulle part où me cacher
le monde se dissolvait
ne laissant que des yeux
J'ai mis ces yeux
me suis tenue à nouveau sur la terre
et j'ai demandé, dans le doute :
Qui suis-je ?
2025.08
Ses jambes joyeuses avaient cueilli
les cheminées du village.
En franchissant les nuées de fumée
vers une mer de cristal,
il renversa l’éclat de la nuit
et le parfum des flammes.
Le ciel boueux recouvrait
un cristal rose plus vaste que le soleil.
Il fallait fermer les yeux
pour rencontrer, là-haut,
la demeure des montagnes —
et prier dans ses jours à elle.
Les habitants de notre village
tracent, par le pli,
les marques de leur désobéissance ;
par de légers étirements,
ils montrent la résolution de leur révolte.
Ainsi, chaque foyer
est une note de musique.
Nous vivons autour de la montagne enneigée.
Tournés vers le soleil bleu,
nous pinçons les cordes de la lumière.
Le soleil, incapable de résister
à la tentation de la musique,
se fondit lui-même,
faisant semblant d’avoir enfanté
une seule
graine de lumière solaire.
2026.06
La pointe d’une pierre glacée
Pousse sur une lance
Pas tranchante,
mais lourde comme un marteau
J’ouvre la chair de mon cœur
Dans la brume de neige, je la vois
Depuis mon dos, transpercer
Ma colonne
2024.08
Quand Rome donnait naissance aux fronces
d’une rivière
à travers du précipice entassé par du temps
Un renard a échangé l’âme des ramées
contre détails
Dans l’univers flétri
à revers de la mer et du printemps
Le visage de la lumière a aspiré les profonds du bleu
et a déchu des lumière brisée
Dans le chemin des ténèbres
2024.08
Il n’ont cessé de m’attendre
mais lorsque je suis entrée dans la lumière pour les aimer,
il se sont réfugiés de nouveau
dans leurs vieux berceaux moisis,
fredonnant
des comptines en décomposition
2026